Changement d’Alur

art14
En politique, l’amateurisme n’a pas les mêmes vertus que dans le sport. La participation au gouvernement de Cecile Duflot n’a pas bénéficié à son camp et a plombé encore plus l’économie française.

Selon son ex-ministère du logement, le nombre de logements neufs autorisés à la construction a baissé de 15,4 % de mars 2014 à mai 2014 par rapport à la même période en 2013. Cumulés sur douze mois, le nombre de logements autorisés à la construction est en chute de 20,7 %. Constat identique pour le nombre de logements mis en chantier en repli de 19,7 %, la construction de logements individuels à -25,7 % et la construction de logements collectifs à -11,8 %.

Face à ces chiffres, faut-il rappeler que l’objectif du gouvernement était de construire 500 000 logements par an et qu’on atteint difficilement les 300 000 ?

Ces chiffres soulignent clairement la fuite des investisseurs et l’abandon de projets immobiliers jugés désormais peu attractifs dans un modèle économique défavorable.

Signe révélateur : les étrangers achètent de moins en moins de biens immobiliers en France depuis deux ans, que ce soit pour leur résidence secondaire ou pour de l’investissement locatif.

Tous les professionnels du secteur, des notaires, agents immobiliers, jusqu’aux entrepreneurs avaient mis en garde contre les positions idéologiques de la ministre, qui ne pouvaient que saper la confiance des investisseurs. Ils n’ont pas été écoutés.

Jacques Attali, ex-conseiller de Mitterrand, a ainsi résumé la situation : « Sous prétexte de renforcer le pouvoir des locataires face aux propriétaires », la loi Alur s’est traduite « en un délire bureaucratique ». Sa conclusion : « D’abord, abroger au plus vite, la loi ALUR ». (http://www.attali.com/actualite/blog/micro-economie/construire)

Probablement sensible à ces remarques de bon sens, le nouveau gouvernement, constatant l’étendue des dégâts, a donc souhaité infléchir le dispositif qui prévoyait une réduction d’impôt lors de la location d’un bien neuf, sous conditions. Les durées de location pourront être de six, neuf ou douze ans, au lieu de neuf ans actuellement et il sera autorisé de loger ses parents ou ses enfants. Ces conditions, jusque-là réservées aux particuliers, seront également appliquées aux SCPI.

Point phare, l’encadrement des loyers, voté à l’unanimité de la majorité, dont aucun élu n’a perçu l’effet désastreux qui en résulterait, ne sera appliqué qu’à Paris … et dans quelques villes comme Lille, puisque Martine Aubry en veut encore.

Des mesures fiscales afin d’inciter à la vente des terrains constructibles seront promulguées. Le régime de taxation des plus-values sera modifié, avec un abattement exceptionnel de 30% sur les ventes conclues avant le 31 décembre 2015. Les donations de terrains bénéficieront, quant à elles, d’un abattement de 100 000 euros.

En ce qui concerne l’accession à la propriété, le Prêt à taux zéro sera aménagé, un abattement de 100 000 euros sera accordé sur les donations de logements neufs aux enfants et aux petits-enfants. Les primo-accédants achetant un logement neuf dans des quartiers dits « prioritaires » bénéficieront d’une TVA réduite.

Ces mesures sont certes plus favorables à une reprise dans le secteur de la construction, d’autant plus que l’on estime à 1,5 millions le manque de logements neufs et à au moins autant de logements insalubres. La construction de 30 000 logements intermédiaires en 5 ans viendra combler légèrement ce déficit et le nouveau gouvernement veut toujours plus de logements sociaux. On peut cependant regretter le manque d’imagination que cette posture implique en cantonnant les familles modestes et peut-être bientôt les classes moyennes dans des logements de deuxième catégorie.

Daniel Ollier