Le Ministre des Transports parle aux chefs d’entreprises. Entretien avec Thierry MARIANI

Thierry-Mariani-Photo-681x1024

Ministre des Transports, Thierry Mariani est originaire d’une famille d’artisans du bâtiment. Ancien député de Vaucluse, ancien maire de Valréas, son action porte aujourd’hui sur les thématiques liées aux transports : viabilité hivernale, charte CO2, Assises du ferroviaire, intermodalité des transports… Il est donc au centre de nombreuses préoccupations sociétales et d’enjeux quotidiens. Le Ministre a accepté de nous répondre sur le développement économique du Vaucluse et notamment sur l’important volet départemental concernant les transports en lien avec l’écologie.

Quartier d’Affaires : M. le Ministre, pouvez-vous présenter votre itinéraire politique dans les grandes lignes ?

Thierry Mariani : Profondément attaché aux valeurs républicaines, je me suis engagé dans la vie politique dès 1976 au sein du RPR. J’ai été élu maire de ma ville natale, Valréas, dans le Vaucluse, en 1989, poste que j’ai occupé jusqu’en 2005.  J’ai par ailleurs été élu pour la 1ère fois en 1993 député dans la 4ème circonscription de Vaucluse, et réélu à cette fonction en 1997, 2002 et 2007. Depuis lors, je n’ai cessé de défendre à travers mes actions les intérêts du haut Vaucluse et de la France.

En parallèle, j’ai été nommé Secrétaire national de l’UMP, en charge des relations avec les partis politiques étrangers et des Français établis hors de France.  En 2009, Nicolas Sarkozy m’a témoigné sa confiance en me nommant Représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan, une région dont chacun connaît les enjeux. Enfin, le 14 novembre 2010, j’ai eu l’honneur d’être nommé Secrétaire d’Etat chargé des Transports et puis Ministre, avec les mêmes attributions, lors du remaniement du 29 juin dernier.

En outre, je suis aujourd’hui investi par l’UMP pour les élections législatives de 2012 dans la 11ème circonscription des Français établis hors de France, qui regroupe 49 pays (zone Asie-Pacifique).

Quelles que soient mes terres d’élections, j’ai toujours voulu inscrire mon action, avec détermination et pugnacité, dans la défense des préoccupations des Français ainsi que des valeurs de notre nation.

QA : Quels sont les principaux axes ayant caractérisé votre travail législatif à l’Assemblée nationale ?

TM : Pour moi, la politique, c’est avant tout tenter de concilier les intérêts d’un pays, en l’occurrence d’un État auquel je suis très attaché, la France, riche de son histoire et de ses traditions, avec les intérêts, les aspirations et les désirs de ses citoyens. Dès mon premier mandat, j’ai ainsi tenu à me faire l’écho des préoccupations partagées par un grand nombre d’administrés de la circonscription dans laquelle j’avais été élu.  J’ai ainsi beaucoup œuvré dans les domaines régaliens tels que la sécurité, les affaires étrangères ou encore l’immigration…

De surcroît, à travers le choix des commissions et des groupes d’amitiés dans lesquels j’ai siégé, j’ai pu élargir mes centres d’intérêt. J’ai notamment été Vice-président de la Commission des affaires européennes, Président du groupe d’amitié France-Kazakhstan et Vice-président du groupe d’amitié France-Russie. J’ai également pu défendre mes convictions sur des sujets qui me tiennent à cœur, en présidant par exemple le groupe d’étude « hôtellerie, restauration, loisir ». J’ai par ailleurs eu l’opportunité de porter les valeurs de la France lorsque j’ai siégé à l’Assemblée parlementaire de l’OSCE ou encore en tant que Chef de la Délégation française à l’Assemblée parlementaire de la coopération économique de la Mer Noire.

Je reste persuadé que la politique doit cesser d’être un monument d’ennui, de conformisme et d’immobilisme. L’homme politique doit avant tout être à l’écoute de ses électeurs pour connaître réellement leurs préoccupations, afin d’être en mesure, ensuite, d’agir de la manière la plus efficace qui soit pour les résoudre.

QA : Quelles sont les priorités nationales en matière de transports ?

TM : Dans le cadre des engagements du Grenelle de l’Environnement, la France a mis en place une politique des transports visant non seulement à réduire les émissions de CO2, mais aussi à améliorer la qualité de service et l’accessibilité à tous.

Dans le domaine du ferroviaire, la priorité a été donné au développement des lignes à grandes vitesse.  Nous avons lancé en une année, près de 800 km de nouvelles lignes à grande vitesse nouvelles et nous nous sommes engagés à la construction de 2000 km supplémentaires d’ici 2020. Outre la mise en service de la ligne Rhin-Rhône, on peut également citer la deuxième phase de la LGV Est, le tronçon Tours-Bordeaux de la ligne Sud Europe Atlantique, la ligne Le Mans-Rennes et le contournement Nîmes-Montpellier.

Les transports en commun constituent également une priorité, car ils permettent à la fois de répondre à la demande de mobilité des citadins, mais aussi de désengorger les centres-villes et d’y réduire la pollution. En ce sens, le développement des transports collectifs en site propre (TCSP) est un axe majeur de la politique de mobilité durable mise en œuvre par l’Etat en partenariat avec les collectivités territoriales. L’État s’implique ainsi à hauteur de 1,3 milliard d’euros afin de multiplier par cinq en quinze ans le linéaire d’infrastructures de TCSP. Par ailleurs, pour l’Ile-de-France, l’Etat et la Région se sont accordés, en janvier dernier, dans le cadre du Grand Paris, sur un important programme d’investissements afin d’améliorer les infrastructures de transports collectifs d’ici 2025. 20,5Md€ sont ainsi prévus pour la construction d’un métro automatique en rocade du « Grand Paris Express ». Les travaux visant à réaliser ce nouveau réseau de transport public de 150 km autour de la capitale seront engagés dès 2012. Un investissement de 12 Md€ est par ailleurs programmé pour des opérations d’amélioration et d’extension du réseau existant, comme la réalisation des schémas directeurs des RER C et D ou encore le prolongement du RER E à l’ouest.

Nous poursuivons également une politique déterminée en matière de développement des transports verts. Plusieurs entreprises du transports routiers, représentant déjà plus de 58 000 véhicules, ont ainsi signé, le 20 septembre dernier, les premières chartes d’engagements volontaires dans le cadre de la démarche « Objectif CO2 » les transporteurs s’engagent ». La publication, le 28 octobre dernier, du décret relatif à l’affichage des émissions CO2 de chaque trajet par l’ensemble des opérateurs de transport de personnes et de marchandises représente également une nouvelle avancée. Tout comme la signature du contrat de partenariat relatif à la taxe Poids lourds, le 20 octobre dernier, qui marque aussi une avancée décisive dans le report modal.

Il est également indispensable de développer des transports s’adaptant aux nouvelles exigences économiques et sociales. Je pense notamment à la mise en œuvre du « paquet routier » qui permettra de clarifier et de renforcer les conditions d’accès et d’exercice de la profession ou encore aux perspectives des assises du ferroviaire dans le domaine social.

Une des priorités nationales est aussi de maintenir les infrastructures existantes à un haut niveau de qualité et de disponibilité. La France est en effet reconnue comme l’un des pays les mieux pourvus d’Europe. L’Etat a donc engagé de nombreuses actions dans ce sens, à l’instar de la rénovation des infrastructures ferroviaires ou encore de la modernisation du réseau fluvial avec l’objectif pour VNF d’ouvrir la voie d’eau à la navigation 24h sur 24 sur le réseau magistral.

En période de crise hivernale, nous nous attachons également à ce que les réseaux soient disponibles dans la mesure du possible et que les désagréments soient limités pour les usagers en. Un important travail a été effectué à cet égard avec le Ministère de l’Intérieur notamment dans le cadre de campagnes de viabilité hivernale dans le secteur routier.

QA : Dans quelle mesure les enjeux vauclusiens en matière de transports sont-ils un atout pour le développement économique du département ?

TM : Le Vaucluse est un carrefour stratégique en termes de transports, puisque tous les modes de transports y sont développés (fluvial, routier, ferroviaire et aérien). Les enjeux vauclusiens dans ce domaine constituent en ce sens un atout majeur, non seulement pour la vitalité économique du département, mais aussi pour la région toute entière.

Dans le cadre des engagements du Grenelle en faveur du développement du fret non routier, l’Etat souhaite notamment favoriser l’essor du transport fluvial, tout particulièrement dans la vallée du Rhône La convention de délégation de service public relative à la gestion du port du Pontet pour la période 2011-2040 a ainsi été renouvelée le 8 décembre dernier. Le Pontet, port de commerce d’Avignon, traite aujourd’hui 200 000 tonnes de marchandises par an. Cette nouvelle délégation de service public, accordée à VNF par la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Vaucluse, permettra de moderniser et de fiabiliser les infrastructures du port, tout en le reliant au reste du réseau fluvial français.

Je pense également au projet de liaison Est-Ouest (LEO). Il traduit véritablement la diversité des chantiers économiques actuellement lancés dans le Vaucluse. Ce projet consistait initialement à réaliser une liaison reliant les autoroutes A9 à A7 pouvant servir de contournement à l’agglomération d’Avignon. Seule la section centrale du projet, qui constitue le contournement à proprement parler, a été déclarée d’utilité publique et fait l’objet d’une attente renouvelée de la part des acteurs locaux et de la population. Une première tranche de cette section, située entre Courtine et Rognonas, a d’ores et déjà été mise en service en octobre 2010 pour un coût de 130 M€. Depuis ma prise de fonction au Ministère des transports, je me suis fortement engagé pour achever ce contournement. L’Etat a notamment engagé cette année  les acquisitions foncières nécessaires. Par ailleurs, comme je l’ai annoncé lors de ma visite sur place le 28 janvier dernier,  l’Etat est prêt à aller jusqu’à financer un tiers du coût des travaux de la deuxième phase, ce qui représente un accroissement significatif de sa participation à ce projet, qui était jusqu’à présent fixé à 27,5%. Suite à ma demande, le préfet de la région PACA a engagé, cette année, avec les collectivités concernées, les discussions nécessaires afin de concrétiser un plan de financement qui permette de réaliser ce projet sans délai.

Enfin, le projet de tramway d’Avignon est véritablement emblématique de l’engagement des métropoles de taille intermédiaire en faveur du développement durable. Il témoigne par ailleurs de l’ambition de rayonnement de ces grandes villes qui sont au cœur du développement équilibré du territoire national, dont la France peut être fière. L’Etat  apporte à ce projet un soutien financier à hauteur de près de 30M€, au titre du 2ème appel à projets en faveur des transports collectifs en site propre, dont j’ai annoncé les résultats le 9 février dernier. Ce projet répond en effet parfaitement aux objectifs du Grenelle de l’environnement. Les deux lignes, de 14,4km au total, desserviront les principaux équipements et les principales zones d’habitat ainsi que les zones d’emploi et d’activité. 40000 voyageurs sont attendus l’année de sa mise en service, prévue en 2016. Les agglomérations dynamiques comme Avignon sont véritablement des piliers précieux pour la croissance durable du pays. Leurs habitants peuvent s’en réjouir. Ils pourront bientôt utiliser un tramway moderne, parfaitement adapté par sa taille compacte et son design à l’écrin patrimonial unique de la Cité des Papes. Je salue d’ailleurs le choix innovant qui a été effectué pour le matériel roulant. Les 24 rames à concevoir et à construire offrent en effet une nouvelle opportunité à l’industrie ferroviaire. J’ai d’ailleurs eu récemment l’occasion de féliciter Marie-José Roig et ses équipes pour la conception remarquable et la parfaite conduite de ce projet.

Propos recueillis par la rédaction