“Ne surtout pas rater la métropole… ”

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Directeur de Grenoble-école de Management, Loïck Roche est docteur en philosophie et docteur en psychologie. Il présente ici un point de vue à la fois universitaire et « professionnalisant » sur l’économie grenobloise.

Selon vous, quels sont les atouts et les faiblesses de l’économie grenobloise ?

Pour atout : le triangle Industries – Recherche – Enseignement dans un contenant Technologie – Innovation – Entrepreneuriat. Avec pour pointe avancée les micro et nanotechnologies. Plutôt que de faiblesses, je parlerai de travail à mener. Densifier, revitaliser la diversité de nos outils de production. Creuser – comme cela est d’ailleurs fait dans le projet Digital Grenoble et la candidature à la labellisation « Métropole French Tech » – ce que seront les systèmes et usages du nu mériques de demain. Accélérer si nous le pouvons nos avancées dans les domaines de la santé, de l’énergie, des objets connectés, de la digitalisation des relations entreprises-clients (comme le propose ce même projet porté par Grenoble Alpes Métropole). Dans le même temps, nous devons nous réapproprier d’autres domaines. Parmi ceux-ci, celui de la montagne. Nous sommes aujourd’hui très en-deçà de ses potentialités et retombées économiques.

Quel rôle joue Grenoble-EM au niveau de l’innovation du territoire ?

L’identité de GEM est en plein alignement avec son territoire. Le management de la technologie, l’innovation et l’entrepreneuriat. Par ses formations, par sa recherche sur ces mêmesdimensions, GEM accompagne la performance des entreprises. Grâce à son incubateur, son institut de l’entrepreneuriat, son implication dans l’IRT, dans la SATT GIFT, GEM participe activement à créer des entreprises. L’innovation est également diffusée dans beaucoup d’autres dimensions, le marketing des services, le marketing territorial… L’innovation est aussi diffusée dans la création d’écoles de pensées très spécifiques, je pense aux travaux sur la paix économique, le bien-être au travail, l’agilité, notre capacité à repenser les principales composantes des entreprises (gouvernance, stratégie, management, finance, production, achat…).

Des idées originales mériteraient-elle d’être « creusées » pour donner de nouvelles marges de progression à notre agglomération ?

Plus que de creuser des idées, l’urgence est de définir un projet partagé, un projet ambitieux qui soit mobilisateur, qui inscrive les hommes et les femmes qui vivent sur ce territoire dans la joie. Ouvrir les portes de l’enthousiasme. Pour réussir, il faut montrer à chaque citoyen ce que le territoire, ce que la ville bien sûr va y gagner mais aussi ce que chaque homme et chaque femme va y gagner. Grenoble est confrontée comme toutes les villes ou presque à une question de leadership : réussir à inspirer les hommes et les femmes en les inscrivant dans un futur désirable, et à une question de management, réussir les changements indispensables pour réussirdemain. GEM a toute sa légitimité ici aussi pour contribuer à l’édification du territoire dans lequel chacun de nous, demain, pourra vivre, travailler et aimer.

Un dernier mot, une occasion manquée, une perspective à ne pas rater… ?

Le TGV dans les années 80. La déserte Lyon Grenoble ou Lyon Saint-Exupéry Grenoble est catastrophique. Grenoble paie très cher ce qui à mon sens relève de la faute.

La perspective à ne pas rater, la métropole bien sûr. Pour cela attelons-nous au plus vite à définir une vision partagée. Surtout, cessons d’entretenir je ne sais quel complexe d’infériorité. Cessons de toujours nous justifier auprès de Lyon dès que nous bougeons le petit doigt. Plus simplement, cessons de nous excuser d’exister. Si nous savons mettre les hommes et les femmes au centre de notre projet, si nous savons travailler ensemble, il n’est pas d’impossible que nous ne puissions gravir.